IA souveraine : bâtir son propre cluster, ou passer par une API ?
Il existe deux voies vers une IA souveraine : posséder le matériel, ou confier vos requêtes à des modèles exploités par des sociétés sous contrôle européen. La première a désormais un plan public, publié par Palantir et NVIDIA en mars 2026, dont la plus petite configuration qualifiée compte 16 serveurs et 32 GPU NVIDIA B300. Posséder donne la garde la plus forte sur vos données, et se justifie pour un site coupé du réseau, des poids sur mesure ou un volume qui sature les machines. Pour la plupart des organisations, la vraie question est plus étroite — quelles sociétés traitent les données, et quelle loi peut les atteindre — et une API dont les opérateurs sont sous contrôle européen y répond dès la première requête.
Publié le 6 oct. 2026 · vérifié le 20 oct. 2026
« Souverain » recouvre trois questions distinctes
Le mot sert à vendre des promesses très différentes. Avant de comparer les deux voies, séparez-le en trois questions : chacune a sa propre réponse, et aucune voie ne gagne sur les trois.
- La garde — qui détient physiquement vos prompts, vos fichiers et les réponses pendant le traitement, et pourrait les remettre à un tiers.
- La juridiction — quels tribunaux peuvent ordonner aux sociétés qui détiennent ces données de les produire. En vertu du CLOUD Act américain, un fournisseur doit communiquer les données en sa « possession, custody, or control », où qu'elles soient stockées (18 U.S.C. § 2713). L'emplacement d'un serveur et le contrôle de son opérateur sont deux faits différents.
- La dépendance — de quels logiciels, matériels, mises à jour et supports vous avez besoin pour que le système continue de tourner et de progresser.
La page souveraineté d'Evanesca applique ce découpage à son propre trajet.
Ce que décrit le plan de Palantir et NVIDIA
La réponse publique la plus détaillée à la question « que faudrait-il pour le faire nous-mêmes ? » est la Palantir Sovereign AI Operating System Reference Architecture, publiée par Palantir et NVIDIA en mars 2026. Elle décrit une pile complète — le logiciel de Palantir sur des serveurs NVIDIA HGX B300 à huit GPU chacun, reliés en Ethernet NVIDIA Spectrum-X, plus des serveurs CPU qui font tourner la plateforme — conçue, selon le document, pour des déploiements sur site et coupés du réseau, avec une autonomie complète après l'installation initiale.
Les serveurs GPU vont par « unités » de quatre et se commandent par multiples de quatre. Les serveurs CPU de la plateforme sont en nombre fixe pour chacune des trois tailles qualifiées :
| Taille | Serveurs de plateforme (CPU) | GPU | Usage visé, selon le document |
|---|---|---|---|
| Small | 3 de contrôle + 9 de travail | 32 à 128 (1 à 4 unités) | Pilotes départementaux, usages spécialisés ou tactiques |
| Medium | 3 de contrôle + 21 de travail | 128 à 320 (4 à 10 unités) | IA à l'échelle de l'entreprise, production multi-locataires |
| Large | 3 de contrôle + 45 de travail | 320 à 640 (10 à 20 unités) | IA critique à grande échelle, pour toute l'organisation |
La plus petite configuration, serveur par serveur
À son minimum, une seule unité, la taille « Small » est déjà un projet de centre de données :
- 4 serveurs GPU, chacun avec huit GPU B300 portant 288 Go de mémoire HBM3e : 2,30 To de mémoire GPU par serveur, 32 GPU au total.
- 12 serveurs CPU — trois pour le plan de contrôle Kubernetes, neuf pour les services de données de la plateforme —, chacun avec au moins deux processeurs Intel Xeon 6530P de 32 cœurs, 1 To de mémoire vive et dix disques NVMe de 7,68 To (des Dell PowerEdge R670 dans la configuration de référence).
- Trois réseaux distincts : une matrice de calcul qui donne 800 Gb/s à chaque GPU, un réseau convergé pour le stockage et les utilisateurs, et un réseau d'administration physiquement isolé pour les contrôleurs des cartes mères. Le tout est en Ethernet : InfiniBand n'est pas pris en charge.
Le rapport est parlant : douze des seize serveurs ne font jamais tourner de modèle. Ils portent l'orchestration, le stockage, la supervision et le contrôle d'accès — la machinerie dont tout service d'IA a besoin autour de ses GPU. Un fournisseur mutualisé la bâtit une fois pour de nombreux clients ; si vous bâtissez, elle n'est qu'à vous, dimensionnée avant votre première requête.
L'installation suit ensuite six étapes dans un ordre fixe, de l'achat du matériel aux services de la plateforme et à l'activation avec vos données ; les modèles viennent en dernier. L'alimentation des baies est une contrainte à part entière.
Pourquoi 32 GPU sont un plancher, pas un luxe
Le plan prévient lui-même qu'au-delà d'environ 120 milliards de paramètres, un modèle peut demander plus d'un B300, et qu'héberger des modèles de fondation impose de dépasser huit GPU, sur plusieurs serveurs. En précision 8 bits (FP8), les poids seuls occupent environ un gigaoctet par milliard de paramètres, sans compter le contexte des utilisateurs simultanés.
- DeepSeek V4.1 Flash, le plus grand modèle à poids ouverts du catalogue d'Evanesca avec 763 milliards de paramètres, demande environ 763 Go pour ses poids : au moins 3 B300.
- Kimi K3, avec 2 800 milliards de paramètres, demande environ 2,8 To — plus que les 2,30 To d'un serveur complet à huit GPU : il ne tient sur aucune machine seule (Evanesca ne le sert pas : aucun opérateur européen ne l'exécute pour elle).
Une quantification en 4 bits divise ces chiffres par deux, au prix d'une perte de qualité à mesurer sur vos propres tâches. Dans tous les cas, les grands modèles à poids ouverts d'aujourd'hui sont taillés pour des clusters. Ce que sont les poids ouverts applique le même calcul à des modèles plus petits.
Ce que posséder apporte, et ce qui reste ouvert
Ce que vous gagnez
Sur un site coupé du réseau que vous exploitez, aucune société extérieure ne détient vos données : aucune ne peut donc être contrainte de les produire. C'est la garde la plus forte qui soit, et certains travaux de défense ou classifiés n'en tolèrent pas d'autre. Posséder permet aussi les poids sur mesure ou affinés, l'entraînement, une capacité qui n'est qu'à vous, et aucune facture au token une fois le matériel payé.
Ce qui reste ouvert
La dépendance, elle, demeure. Dans ce plan, le logiciel de plateforme vient de Palantir, les GPU et le réseau de NVIDIA, les configurations de serveurs de référence de Dell — trois sociétés américaines —, et le support passe par leurs contrats. Sur un site déconnecté, vos données restent hors d'atteinte ; mais vos licences, vos correctifs de sécurité et votre prochaine génération de matériel dépendent de fournisseurs que vous ne contrôlez pas.
Viennent ensuite les coûts qu'aucune fiche technique ne mentionne : l'alimentation et le refroidissement des baies GPU, des ingénieurs pour la plateforme et la matrice GPU, des astreintes, et un redéploiement à chaque nouveau modèle ouvert plus performant. C'est le taux d'utilisation qui décide de la rentabilité : un GPU inactif coûte autant qu'un GPU occupé.
La voie API : vérifier la chaîne, maillon par maillon
Avec une API, vous renoncez à la garde — l'opérateur traite vos données — mais vous choisissez qui est cet opérateur. La souveraineté dépend alors de chaque société de la chaîne ; posez-lui quatre questions :
- Qui exploite les serveurs qui font tourner le modèle, et qui contrôle cette société ? La région européenne d'un cloud américain reste exploitée par une société américaine.
- Qui exploite la couche intermédiaire — l'application, la passerelle —, et garde-t-elle les prompts ?
- Que conserve chaque maillon, combien de temps, avec quelles exceptions ?
- La réponse est-elle donnée modèle par modèle ? Un catalogue qui mélange les opérateurs doit dire quel modèle tourne où.
Les réponses d'Evanesca, sans détour. Ses modèles tournent chez Scaleway à Paris (avec OVHcloud à Gravelines en relais), chez Mistral AI dans sa région UE, chez AKI.IO en Allemagne et chez Infomaniak en Suisse. OVHcloud, Scaleway, Mistral AI et Infomaniak sont des sociétés européennes sans maison mère américaine, ce qui les place hors de portée directe du CLOUD Act ; OVHcloud et Scaleway ont des entités aux États-Unis, d'où l'importance du mot « directe ». AKI.IO est une société allemande dont les actionnaires ne sont pas publiés. Evanesca ne garde aucune trace de vos prompts ni des réponses : ils restent en mémoire le temps d'écrire la réponse, et votre historique vit dans votre navigateur. Ce que gardent les opérateurs relève d'eux : Scaleway peut conserver et lire les requêtes qui provoquent des erreurs ou paraissent abusives, jusqu'à 14 jours, et Mistral AI garde les entrées et sorties de ses modèles 30 jours pour surveiller les abus. Les serveurs d'Evanesca tournent chez Vercel, société américaine, dans sa région de Paris, et ne gardent aucune trace des prompts.
Evanesca ne sert aucun modèle hors d'Europe, et un modèle n'est jamais redirigé ailleurs : si son opérateur tombe, la requête échoue. C'est moins de garde qu'un cluster à vous — et le passeport sous chaque réponse montre le trajet qu'elle a suivi.
Les deux voies côte à côte
| Votre propre cluster (plan de référence) | Une API aux opérateurs européens (Evanesca) | |
|---|---|---|
| Engagement minimal | 16 serveurs, 32 GPU, trois réseaux | Sans abonnement : des recharges dès 2 € |
| Garde des données | La vôtre ; isolement réseau possible | L'opérateur les traite ; Evanesca n'en garde aucune trace |
| Qui exécute le modèle | Vous | Des sociétés européennes uniquement |
| Dépendance aux fournisseurs | Logiciel, matériel et support (sociétés américaines dans ce plan) | Les opérateurs, et Evanesca |
| Modèles | Tout ce que vous déployez, poids sur mesure compris | Les modèles du catalogue ; pas de poids sur mesure |
| Affinage et entraînement | Oui | Non |
| Délai avant la première requête | Achat, puis six étapes de déploiement | Un compte et une clé |
| Forme du coût | Fixe, occupé ou non | Au token ; rien à l'arrêt |
Sur Evanesca, chaque modèle a son prix par million de tokens, TVA comprise : voir les tarifs et les modèles. Comptes et clés ouvrent avec le service ; d'ici là, ce site montre comment il fonctionnera.
Questions fréquentes
Quel matériel faut-il pour une IA souveraine sur site ?
D'après l'architecture de référence publiée par Palantir et NVIDIA en mars 2026, la plus petite configuration qualifiée compte 16 serveurs : 4 serveurs HGX B300 portant 32 GPU de 288 Go de mémoire chacun, plus 12 serveurs CPU pour la plateforme (3 pour le plan de contrôle, 9 de travail), sur trois réseaux distincts. Le document ne donne aucun prix.
Un cluster qui vous appartient est-il souverain d'office ?
Il offre la garde la plus forte : sur un site coupé du réseau que vous exploitez, aucune société extérieure ne détient les données. Il ne supprime pas la dépendance envers vos fournisseurs de logiciel, de matériel et de support — trois sociétés américaines dans le plan de Palantir et NVIDIA.
Une API peut-elle être souveraine ?
Sur la juridiction, oui, si chaque société qui traite vos données est sous contrôle européen. Sur Evanesca, tous les modèles tournent chez des opérateurs européens, pour la plupart chez Scaleway en France, avec OVHcloud en relais, Evanesca ne garde aucune trace des prompts, et elle ne sert aucun modèle hors d'Europe ; Scaleway peut conserver jusqu'à 14 jours les requêtes qui provoquent des erreurs ou paraissent abusives, et Mistral AI garde 30 jours les entrées et sorties de ses modèles.
Combien de mémoire GPU faut-il pour un grand modèle à poids ouverts ?
En 8 bits, environ un gigaoctet par milliard de paramètres pour les seuls poids. DeepSeek V4.1 Flash (763 milliards) demande environ 763 Go, soit au moins 3 NVIDIA B300 de 288 Go ; Kimi K3 (2 800 milliards) demande environ 2,8 To, plus qu'un serveur à huit GPU n'en contient. Le contexte des utilisateurs simultanés s'y ajoute.
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Comment choisir
Bâtissez si au moins une de ces conditions est remplie :
Sinon, commencez par une API dont vous avez vérifié la chaîne, et mesurez. Toute décision d'achat a besoin des volumes réels de tokens, que peu d'équipes connaissent au départ. Changer plus tard coûte peu quand l'API suit le format d'OpenAI : une nouvelle URL de base et une nouvelle clé, pas une réécriture. Pour exploiter vous-même la couche de routage au-dessus d'opérateurs de votre choix, voyez les passerelles d'IA auto-hébergées ; pour le volet réglementaire, ce que demande l'AI Act.
Le plan se termine sur une phrase : « The future of cloud is on-prem » — l'avenir du cloud est sur site. Pour une organisation capable d'absorber seize serveurs, c'est peut-être vrai. Pour une entreprise de dix personnes ou le premier projet d'IA d'une collectivité, le premier pas vers une IA souveraine est le choix d'un fournisseur, pas d'un centre de données.